Comment se passe le Mois d’Or en Chine ?

Le Mois d'Or en Chine

Le Mois d'Or est une pratique popularisée par Céline Chadelat et Marie Mahé-Poulin qui puise ses origines en Chine où la pratique des quarante jours est quasiment élevé au rang d'une science.

Interview de Jey Chemla, professeure de pilates qui a enseigné dans les "postpartum centers" en Chine où elle a vécue pendant 13 ans.

Cet entretien est une retranscription de l’épisode n°4 de notre podcast “Parle-moi de ton Mois d’Or”. Il s’agit d’un témoignage personnel. 

Céline Chadelat : Alors Jey, je te propose de te présenter, de nous dire de qui est composée ta famille, ce que tu fais dans la vie, où tu habites ?

Jey Chemla: Je m’appelle Géraldine, mon surnom c’est Jey. Je suis basée à Nice et à Paris et j’ai monté un centre de pilates et de danse, ainsi qu’une méthode pour la récupération post-partum que vous pouvez trouver ici. Dans ma famille, il y a ma fille Lana qui vient d’avoir deux ans et mon conjoint Glenn.

C.C : Détail important, tu as une expérience d’expatriation. Tu as vécu combien de temps en Chine ?

J’ai vécu plus de dix ans en Chine, oui presque treize ans. J’ai été au cœur de la culture chinoise, notamment dans tout ce qui concerne la médecine traditionnelle chinoise pour les femmes.

C.C : Tu as donc ta petite fille de deux ans. Peux-tu nous parler un peu de ton accouchement ? Tu as accouché en France, voilà, brièvement, car après, on parlera de ton postpartum, et de ce postpartum à la lumière de toutes tes connaissances acquises durant tes années passées en Chine, au cœur du postpartum des Chinoises et des expatriées.

Oui, tout à fait. Pour mon accouchement, j’avais déjà pas mal d’expérience grâce aux autres femmes. J’ai moi-même accouché en France, à Nice, de manière assez traditionnelle, disons occidentale traditionnelle. C’était à l’hôpital, sous péridurale, donc quelque chose d’assez courant en France.

C.C : Tu as vécu un Mois d’Or, puisque tu étais préparée à ce Mois d’Or. Sur une échelle de 0 à 10, à combien estimes-tu ton degré de préparation ?

Effectivement, j’étais assez préparée. J’avais beaucoup de connaissances sur le postpartum chinois, le fameux Zuo Yuezi. J’avais des connaissances sur ce qui se fait dans les cultures traditionnelles et j’avais pu accompagner des femmes qui le pratiquaient aussi. Je dirais que j’avais une préparation théorique à 9 sur 10. J’avais aussi beaucoup de confiance en la capacité du corps à vivre une récupération complète, et cela me rassurait grâce à mon expertise professionnelle. Donc, j’ai pratiqué un Mois d’Or avec ces connaissances et les contraintes de la vie occidentale.

C.C : Pour nous, cette phase des 30 à 40 premiers jours de repos pour la mère, avec toutes les pratiques pour soutenir sa régénération, c’est ce que nous avons baptisé le “mois d’or”. En Chine, cela s’appelle le Zuo Yuezi. Peux-tu nous donner la traduction littérale du Zuo Yuezi et nous en dire plus ?

Le Zuo Yuezi signifie littéralement “s’asseoir un mois”. “Zuo” signifie s’asseoir, et “Yuezi” signifie mois. C’est une tradition connue de tous les Chinois, hommes et femmes, et qui est profondément enracinée dans la culture chinoise. Quand j’en ai entendu parler, c’était comme si cela avait toujours fait partie des conversations quotidiennes. C’est une pratique qui consiste à passer au moins un mois après l’accouchement en repos, mais pas seulement. Il y a aussi beaucoup de plats spécifiques, de la nourriture, des soins, et généralement une ou deux personnes pour s’occuper de la nouvelle mère, indépendamment de son niveau social.

En effet, quels que soient les moyens, cette pratique est respectée par pratiquement toutes les familles, avec peut-être une certaine pression sociale autour. C’est un héritage transmis de femme à femme, et les aînés encouragent fortement, voire presque obligent, la jeune maman à le respecter. Il existe de nombreuses légendes urbaines sur les femmes qui n’ont pas respecté le yuezi et qui ont souffert de problèmes de santé plus tard, comme des varices ou un vieillissement prématuré. En chinois, il existe des expressions qui indiquent que bien pratiquer son yuezi permet de conserver sa jeunesse, tandis qu’une mauvaise pratique accélère le vieillissement.

D’autant qu’il y a un intérêt marqué pour l’immortalité dans les cultures orientales, en particulier en Chine, bien que ce ne soit pas exactement une jeunesse éternelle. Et puis les Chinois sont pragmatiques face au vieillissement et cherchent à rester en bonne santé le plus longtemps possible, en se concentrant sur la prévention plutôt que sur le traitement des maladies. La médecine traditionnelle chinoise (MTC) met l’accent sur la prévention, car le système médical peut être moins accessible qu’en France une fois qu’une personne est malade.

Concernant la révolution culturelle chinoise sous Mao dans les années 1960-70, la MTC (Médecine Traditionnelle Chinoise) et d’autres traditions ont été marginalisées comme des reliques du passé. Cependant, une transmission souterraine de ces connaissances a persisté, certains praticiens ayant même fui à l’étranger pour préserver leurs connaissances et les ramener en Chine après les réformes des années 1980, lorsque le pays a commencé à réintégrer ses traditions tout en poursuivant sa modernisation, c’est-à-dire, sa révolution culturelle.

C.C: Tu as vécu en Chine, tu maîtrises le mandarin. De part ton activité de danseuse et professeure de pilates, tu es amenée aussi à connaître plus en profondeur toutes ces traditions autour du postpartum. Tu es intervenue aussi dans des cliniques. Est-ce que tu peux nous parler de ces cliniques du postpartum ? À quoi elles ressemblent ?

Oui, le Zuo Yuezi est encore pratiqué aujourd’hui, bien que la rigidité des pratiques ait évolué dans certains établissements modernes. Ces cliniques postpartum, particulièrement prisées par les femmes aisées, offrent un environnement quasi-hôtelier qui combine soins médicaux et confort luxueux. Le coût élevé peut atteindre jusqu’à 10 000 euros par mois, ce qui en fait une option inaccessible pour beaucoup.

À l’intérieur de ces centres, le programme est strictement organisé pour favoriser la récupération maternelle et le bien-être du nouveau-né. Les femmes passent une grande partie de leur temps allongées et suivent des exercices spécifiques pour la respiration et la récupération, souvent prescrits par des spécialistes comme des professeurs de pilates ou des physiothérapeutes. Les bébés sont généralement pris en charge par le personnel médical, sauf pendant les périodes d’allaitement où ils sont remis à leur mère.

La nourriture est soigneusement planifiée pour évoluer au fil des 30 jours du Zuo Yuezi, avec des plateaux repas adaptés aux besoins de récupération postpartum. Elle évolue au fur et à mesure des 30 jours, donc on ne va pas manger les mêmes choses les 24 premières heures que les 6 premiers jours, que les 15 premiers jours, qu’à 3 semaines puis 4 semaines. Il y a aussi des massages. Cependant, certaines pratiques ancestrales strictes, telles que la peur du froid extrême (évitant tout contact avec l’eau et limitant l’aération des pièces), ont été critiquées comme archaïques par les Occidentaux mais restent respectées dans certaines cliniques traditionnelles. Car cela peut aller très loin comme ne pas se laver les cheveux du tout pendant 30 jours, ne pas se laver les dents ne pas se laver tout court, ne pas laisser de l’air s’engouffrer dans les pièces. c’est la version stricte et puriste et ancestrale du Zuo Yuezi.

Le Mois d'Or en Chine

Le Mois d’Or en Chine: des petites portions pour s’alimenter durant la journée

C.C : Mais c’est toujours pratiqué ?

Cela dépend des établissements. Il y a un peu plus de souplesse dans les établissements très modernes des grandes villes, qui tendent à moderniser le Zuo Yuezi pour que les femmes n’en aient pas peur et que cela ne soit pas considéré comme quelque chose d’archaïque. Mais en même temps, oui, cela reste dans les notions très importantes que le froid ne s’engouffre pas. Sauf qu’on est un peu plus flexible sur certains points, comme peut-être se laver les cheveux, mais il faut tout de suite les sécher à une certaine température, se brosser les dents avec le bout du doigt, par exemple. Cela va assez loin.

C.C :  Et pourquoi ?

La question de ne pas se laver reste encore assez obscure. En fait, les Chinois ont très peur du froid parce qu’ils vivent dans des climats assez intenses. La zone géographique climatique est beaucoup plus étendue qu’en France. En plus du froid, ils ont très peur de l’humidité, et la Chine est un pays très humide. De plus, dans beaucoup de villes, notamment à Shanghai où j’ai vécu plus de 10 ans, il n’y a pas de chauffage central jusqu’à une certaine latitude en Chine, donc on passe les 4 mois d’hiver sans chauffage, avec soit des climatiseurs réversibles, mais c’est récent, soit, moi, je me souviens de dormir avec de grosses chaussettes en laine et un pull. Donc, ils ont cette peur-là à cause des intérieurs conçus ainsi. 

Cela concerne le froid et, en ce qui concerne le fait de ne pas se laver, ils ont peur que le corps se refroidisse dès qu’il entre en contact avec l’eau. 

Lorsqu’une partie de notre corps est mouillée, cela crée de l’humidité, comme nous en avons parlé tout à l’heure, et le froid peut s’engouffrer dans le corps, surtout aux extrémités, tête et pieds. Quant aux dents, c’est aussi une question de gencives, comme vous le savez, les gencives sont sensibilisées pendant la grossesse. D’ailleurs, on dit de faire attention à ses gencives, et donc il ne faut pas frotter trop fort et pareil, ne pas laisser de microbes ou d’humidité pénétrer également sur les muqueuses et à l’intérieur de la bouche, mais il est préférable de se brosser les dents. Il faut se brosser les dents avec le bout du doigt et de l’eau tiède. Les températures de l’eau sont aussi très importantes. On vérifie, notamment dans ces cliniques où il y a des personnes pour le faire, que tout est à 37°C. C’est très précis et très codifié. Chaque partie est importante.

C.C : D’accord, donc tu me parlais tout à l’heure du bébé et tu m’as dit que les soins debout étaient prodigués par les soignants, en soutien, et que le bébé était apporté à la maman juste pour l’allaitement. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas de moment de peau à peau, de lien plus étroit entre la mère et son bébé ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup mois. Il n’y a pas énormément de moments de peau à peau, même s’ils en viennent aussi. Ce n’est pas encore quelque chose qui est extrêmement ancré dans la culture. Il y a beaucoup plus la culture d’envelopper le bébé, par contre. Toujours cette peur du froid et aussi cette culture de l’enveloppement. On emmaillote énormément le bébé, mais il n’y a pas forcément ce contact prolongé entre la mère et le bébé pendant des heures. Le bébé est là, mais c’est vrai que la mère est plus au centre des préoccupations. Bien sûr, on veut que le bébé grandisse, soit en bonne santé et reste en vie, mais la mère est encore plus au centre des préoccupations.

C.C: Comment ça se passe pour celles qui n’ont pas les moyens d’accéder à ce type de clinique ?

C’est souvent la belle-famille qui prend en charge. La famille du mari vient s’installer dans le foyer et prend en main toutes les responsabilités. En général, c’est la belle-mère qui prend les rênes de la maison. Elle peut s’installer seule ou avec son mari, mais souvent c’est seule. Elle gère les courses, le ménage, prépare tous les repas, ce qui tourne beaucoup autour de la nourriture. Elle s’occupe également du bébé et assume le rôle de maîtresse de maison à la place de la jeune mère.

C.C: Pourquoi la belle-famille et non la famille de la mère ?

 Parce que traditionnellement, quand on se marie avec quelqu’un, on adopte plus la famille de son mari qui devient un peu comme sa famille et donc c’est plus la belle famille qui va être intégrée dans le foyer donc il faut quand même bien s’entendre avec sa belle-mère. Si on s’entend bien, tout va bien. Ce que je sais, c’est que la place des grands-parents est importante car eux-mêmes sont en général davantage disponibles à partir de l’âge de 60 ans.

En général, après un mois, un mois et demi, voire deux mois maximum, les grands-parents retournent dans leur propre maison une fois le Mois d’Or terminé. C’est à ce moment-là du postpartum que s’instaure un système d’aide et d’entraide. C’est un moment où l’on vient soutenir et aider les jeunes parents.

En Chine, il y a vraiment cette tradition de ne pas laisser une jeune femme seule après l’accouchement. C’est un devoir. Les grands-parents viennent systématiquement apporter leur soutien. En retour, il existe aussi cette culture où l’on prend soin de ses beaux-parents lorsqu’ils vieillissent, sur le plan financier, lors de leur retraite, ou en cas de maladie. Par exemple, si les grands-parents tombent malades, étant donné que la Chine est un vaste pays, il est courant que les grands-parents vivent dans une région différente de celle de leurs enfants, parfois très éloignée géographiquement. Dans ces cas-là, les beaux-parents viennent s’installer chez leurs enfants pour être pris en charge et soignés.

C.C: Revenons à ton Mois d’Or, tu es resté chez toi après la naissance pendant combien de temps ?

À peu près dix jours postpartum. J’ai eu envie de m’aérer et je suis sortie de chez moi. Par contre, j’ai vite sentie que c’était une mauvaise idée. À peine sortie, je me suis mise à marcher et j’ai voulu prendre ma voiture, mais j’ai vite ressenti que mes organes n’étaient pas encore bien soutenus. La gravité était vraiment un ennemi à ce moment-là. Dans ma récupération, j’ai senti que je n’avais pas le soutien musculaire habituel pour mes viscères et organes, ce qui me mettait une certaine pression quand j’étais debout, que je marchais ou que je conduisais. Ça m’a rapidement ramenée chez moi.

C.C: Sachant que toi, en plus, tu as une sensibilité et une conscience de ton corps plus accrues, étant donné ton métier de professeure de pilates et d’ancienne danseuse. Peux-tu nous parler de la proprioception ?

Oui, la proprioception, c’est le fait d’avoir conscience de son corps dans l’espace. Comme je l’ai mentionné, j’ai accompagné des centaines de femmes avant d’être moi-même maman. Cette expérience m’a permis de développer une conscience profonde de la manière dont le respect du processus de guérison, accompagné de respirations adaptées, est essentiel. C’est d’ailleurs les mouvements que j’ai restitué dans le pack de récupération que nous avons élaboré ensemble. Il faut éviter de perturber ce processus naturel en restant debout tout le temps. C’est ce qui fonctionne vraiment pour récupérer. J’ai la preuve par l’exemple et par l’expérience, ce qui peut faire une énorme différence par rapport aux femmes découvrant le postpartum pour la première fois.

Toutes les clés du Zuo Yue Zi se trouvent dans un programme unique (1 ebook de 50 pages + 3 vidéos des premiers gestes à pratiquer durant les premières semaines du postnatal) mis au point par Jey avec le soutien du duo du Mois d’Or, Céline Chadelat et Marie Mahé-Poulin. 

Vous pourrez le découvrir en cliquant ici

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Céline Chadelat

Céline Chadelat
Autrice du livre "Le Mois d'Or, bien vivre le premier mois après l'accouchement", formatrice et Accompagnante postnatale du Mois d'Or

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