Mais je faisais quoi avant la naissance de mon fils ?

Céline (450 × 600 px)

Nous sommes nombreux, en tant que parents, à nous demander ce qu’on faisait avant la naissance de nos enfants. Car les mots « travail », « fatigue » n’ont plus du tout mais alors plus du tout la même signification. Alors quelle leçon philosophique puis-je tirer de l’effort intense de l’accouchement qui ne s’arrête pas (loin de là) avec la naissance mais qui marque seulement le début d’un marathon parental ? Celui d’être une déesse, tout simplement 😊

Je me demande souvent ce que je faisais avant 2015. Avant mon premier enfant puis mon deuxième quelques années plus tard. L’oubli de soi, coïncide-t-il avec l’oubli tout court ? Il s’agit de l’expérience la plus transformatrice que je n’ai jamais vécue, plus qu’un voyage de quatre mois en Inde en pleine pré-mousson (éreintant !), plus qu’un jeûne d’une semaine (galvanisant !), plus qu’une retraite, plus que mes expériences professionnelles, au point de devenir presque amnésique. C’est la vie des autres qui me rappelle ma vie d’avant, j’envie les photos de ce yogi libre comme l’air sous le soleil du Mexique, et puis je me souviens que choisir, c’est renoncer.  Je me remémore mes choix. J’ai choisi.

Choisir, c’est renoncer

Tout commence par une douce expérience qui d’entrée met le corps en jeu. Puis, avec l’énergie mobilisée par mon organisme durant la grossesse, j’ai perdu une dent. Symboliquement, ça compte : perdre une dent pour donner la vie. Sur le moment, cela m’a perturbé alors que jamais une carie ne s’est jamais aventurée durant mes 28 premières années de vie. Ce fut un petit deuil en soi. Car tout de même, découvrir que donner la vie comporte la mort de parties de soi, qu’elles soient physiques, émotionnelles, énergétiques, voire spirituelles, était inattendue, si éloignée de l’image bâtit autour de cet événement. Et c’était pourtant l’expérience que je m’apprêtais à vivre. J’ai appris ensuite que c’était courant, tout comme la perte des cheveux quelques mois après l’accouchement mais aussi l’ouverture des hanches, le bouleversement hormonal et la transformation irrémédiable de mon corps. Comme souvent au cours de ma vie, j’ai eu besoin de comprendre la signification profonde de ces changements, pourquoi la vie est ainsi faite ? Pourquoi sommes-nous si fragiles au fond ? Et si forts à la fois ? Car oui mon corps a donné la vie à un autre. Mais dans ce déploiement de force, j’ai perçu une fragilité.

Depuis que nous tentons de nous libérer de certaines influences judéo-chrétiennes, le mot « sacrifice » a été délaissé. Associé à la culpabilité, à la souffrance, et même à une barbarie relatée dans certains écrits bibliques, on lui préfère l’hédonisme. Pourtant, en s’intéressant à l’étymologie de ce mot, il renvoie au fait de « rendre sacré » par l’intermédiaire d’un renoncement choisi, d’une privation volontaire dans l’intention de s’élever ou de se transformer. C’est l’idée qu’on ne peut pas changer en restant pareil ! Quitter, renoncer à un part de soi créé de l’espace pour un renouveau. Dans de nombreuses traditions, le sacrifice est l’acte le plus sacré qui soit. Il signifie renoncer à une part de soi qui ne disparait pas, mais qui est offerte, avec l’idée supérieure que ce don sera transformé, élevé. Je m’aperçois que j’avais beaucoup investi l’idée « d’avoir un enfant » mais peu celui de « devenir parent », que sur ce chemin, j’abandonnerais quelques plumes pour tisser des couronnes à l’intérieur de moi. « Devenir parent » m’intègre à une voie, « avoir un enfant » résonne comme si j’avais gagné au loto et que rien ne changeait vraiment. Les yeux de tous sont rivés sur l’enfant qui arrive alors qu’une grande part du travail passe par ces êtres qui ont choisi la transformation d’eux-mêmes, indélébile.

Dans la pensée cosmologique hindoue, le sacrifice est l’essence même de la création. Un phénomène que l’on retrouve dans la nature. Je comprends mieux pourquoi j’ai perdu un peu de ma mémoire depuis qu’une étude scientifique datant de 2016 a montré que quelques jours après son accouchement, le cerveau des mères détruit de la matière grise afin de faire de la place à la création de nouveaux circuits synaptiques. Brûler l’ancien pour faire du neuf.

Ainsi, j’ai offert de mes neurones et de mon corps, acte à la fois sacrificiel et créateur. Je pense que je mérite ma place dans un panthéon de déesses à vénérer et d’être honorée comme il se doit.


Cet article a été publié dans le magazine Esprit Yoga n°61.

Cette expérience m’a conduite à mettre en œuvre le maximum pour rendre leurs lettres de noblesse aux jeunes mères. Pour cela, je suis en train de créer, avec ma co-autrice et amie, Marie Mahé-Poulin, un réseau de professionnelles formées aux grands principes du Mois d’Or. Si tu souhaites en être informée, inscris-toi à notre newsletter sur la page d’accueil.